" Oui, je regrettais ce départ dont le sens m'échappait soudain, cette rupture improvisée, comme si j'avais eu besoin d'un brin de drame, comme si, selon la formule affichée parfois dans les vitrines, tout devais disparaitre avant la fermeture définitive. J'avais donné rendez-vous dans ce café sans véritable intention. Je n'avais rien prémédité, vraiment. Il était entré en s'étonnant du lieu, nous ne l'avions jamais fréquenté et d'ailleurs il n'avait rien d'attirant. Je ne savais pas pourquoi je l'avais choisi, peut-être parce que j'avais décidé que désormais tout serait différent. Il s'était assis en face de moi et attendait ma réponse à sa remarque. J'ai dit, c'est mieux de se dire adieu ailleurs que sur nos terres. En même temps que je prononçais ces mots, je le vis se lever et sortir, sans se retourner, en fermant très doucement la porte. Je n'ai pas bougé, mais quand il eut disparu derrière les voitures, j'ai pleuré."